Après l’épreuve de janvier, refaire France (Tribune Reflets – Mars 2015)

Les 10 et 11 janvier, nous étions quatre millions dans les rues de France. Dans notre région, c’était des villes submergées de foules jamais vues. Des houles d’émotion, de tristesse et d’indignation. Et peut-être aussi, le sentiment qu’après les jours précédents, notre pays ne pouvait plus être le même. Qu’il allait falloir changer. Qu’il allait falloir que les choses changent, et que sans doute nous-mêmes, chacun-e de nous, nous changions aussi.

Refaire France. Retrouver une forme de respect entre nous tous et toutes, citoyennes et citoyens, qui s’était peu à peu érodée dans la tranquillité de nos égoïsmes, de nos certitudes, de nos colères aussi. Sans le respect, il n’est pourtant guère de solidarité possible, et nous avons plus que jamais besoin de solidarité. Des gens ont été assassinés parce que leur journal publiait des dessins. Des juifs ont été assassinés parce qu’ils étaient juifs. Des policiers ont été assassinés parce qu’ils les protégeaient, parce qu’ils nous protègent, tous et toutes, de la folie meurtrière. Et, dès le lendemain du 7 janvier, des lieux de culte étaient attaqués, une autre haine répondait à la haine.

Les 10 et 11 janvier, nous avons signifié en silence que nous ne voulions pas de la haine. Il faudra sans doute le redire encore, et surtout accompagner ce refus d’un patient travail et de lourds efforts pour recoudre ce que, toutes ces années, nous avons laissé se déchirer. Avec humilité, avec compréhension, avec fermeté aussi. Sans tolérance pour celles et ceux qui, au nom de quelque cause que ce soit, voudraient pousser les citoyens de notre pays les uns contre les autres, à l’affrontement.

La tâche des responsables politiques est plus grande encore après le 7 janvier, et leur devoir plus impérieux. Il s’agit de mettre des mots sur des douleurs, et d’entendre les mots de celles et ceux qui, humiliés, se sentent rejetés à l’écart de la communauté nationale. Entendre les mots aussi, et enfin, de celles et ceux qui, écœurés de tant de scandales et de déplorables accommodements avec la morale publique, se sont détournés, depuis longtemps et pour longtemps, de l’idée qu’une élection pouvait améliorer leur sort, tant domine le sentiment que rien ne change vraiment. Il ne s’agit pas de promettre l’impossible. Être à la hauteur sera d’abord ne pas mentir, ne rien taire des difficultés. C’est la première condition pour les affronter, et réparer tout ce qui doit l’être. Notre pays est blessé, abîmé de ces morts et de ce qu’elles ont révélé. Mais il dispose encore, si l’on veut bien les entendre, des ressources pour guérir.

Remonter